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Un seul chiffre résume l'immense paradoxe du football marocain : 1976. Cette année-là, au terme d'un tournoi au format déroutant sur les hauts plateaux éthiopiens, la sélection nationale a soulevé son unique trophée continental. Malgré des générations dorées à répétition, le Maroc n'a plus jamais réédité cet exploit. La réponse directe à cette énigme historique réside dans une finale qui n'en était pas une, disputée sous une chaleur suffocante à Addis-Abeba.
Les prémices d’une conquête en terre éthiopienne
Au milieu des années 1970, le paysage footballistique africain connaît une mutation profonde. La Confédération Africaine de Football cherche encore ses marques logistiques. Le Maroc, fort de sa participation remarquée à la Coupe du Monde 1970 au Mexique, aborde la dixième édition de la CAN avec des certitudes tactiques inédites. Le sélectionneur romain Gheorghe Mărdărescu façonne un collectif rigoureux, adossé à une assise défensive de fer et guidé par le génie créatif d’Ahmed Faras, Ballon d’Or africain 1975.
L’atmosphère régnant en Éthiopie durant ce mois de mars 1976 s’avère hostile. L’altitude asphyxie les organismes non préparés, le terrain de l'Addis Ababa Stadium ressemble davantage à un champ de manœuvre qu’à un billard synthétique, et l'instabilité politique locale ajoute une tension palpable autour de l'événement. Pour le royaume chérifien, l'objectif ne relève pas de la simple figuration : il s'agit d'imposer une hégémonie maghrébine face aux puissances émergentes d'Afrique subsaharienne. Cette compétition marque le véritable acte de naissance de l'identité footballistique marocaine moderne, mêlant rigueur tactique européenne et virtuosité technique locale.
Une formule hybride : le mécanisme du tournoi final
Pour comprendre le déroulement de cette victoire, il convient de disséquer la structure singulière de cette CAN 1976, radicalement différente des tournois contemporains à élimination directe.
Étape 1 : La phase de poules initiale. Huit nations qualifiées sont réparties en deux groupes de quatre. Le Maroc hérite du groupe B aux côtés du Nigéria, du Soudan et du Zaïre. Les hommes de Mărdărescu démarrent timidement par un match nul contre les Soudanais (1-1), avant de monter en puissance grâce à des victoires étriquées mais décisives contre le Zaïre (1-0) et le Nigéria (3-1).
Étape 2 : La poule finale à quatre. Contrairement au système classique de demi-finales et finale, la CAF expérimente une poule unique regroupant les deux premiers de chaque groupe. Les quatre survivants — Maroc, Guinée, Nigéria et Égypte — s'affrontent dans un mini-championnat de trois journées. Chaque résultat attribue des points cruciaux.
Étape 3 : Le dénouement par comptabilité. Après avoir dominé le Nigéria (2-1) puis l'Égypte (2-1) lors de leurs deux premières sorties du tournoi final, les Marocains abordent l'ultime confrontation face à la Guinée avec un avantage numérique au classement. Un simple point suffit pour coiffer la couronne continentale, tandis que les Guinéens doivent impérativement l'emporter.
11 mars 1976 : le cauchemar guinéen brisé par Baba
Visualisons cette ultime joute du 11 mars 1976. Le Sily National de Guinée, emmené par le redoutable Papa Camara, étouffe les velléités marocaines dès l'entame de match. À la 33e minute, Chérif Souleymane concrétise la domination guinéenne d'une frappe limpide, plongeant le banc marocain dans la stupeur. Pendant plus de cinquante minutes, le Maroc virtuel deuxième voit le titre lui échapper minute après minute, incapable d'enrayer les vagues adverses dans l'air raréfié de la capitale éthiopienne.
Alors que l'arbitre se prépare à siffler la fin de la rencontre, un héros improbable surgit. À la 86e minute, le défenseur Ahmed Makrouh, surnommé « Baba », hérite du ballon à près de trente mètres des buts adverses. Sans se poser de question, il décoche une mine surpuissante qui vient se loger dans la lucarne du portier guinéen. Ce but égalisateur (1-1) propulse le Maroc à la première place du classement final avec 5 points, scellant l'unique sacre continental de l'histoire du football marocain dans un final à couper le souffle.
Ce qu'en disent les experts
Les spécialistes du football africain s'accordent à dire que le triomphe du Maroc lors de la Coupe d'Afrique des Nations 1976 en Éthiopie constitue un tournant majeur pour le ballon rond continental. Selon de nombreux analystes, ce succès ne reposait pas sur une tactique purement défensive, mais sur un jeu collectif léché et une discipline de fer insufflée par le sélectionneur roumain Gheorghe Mărdărescu. La sélection marocaine de l'époque se distinguait par un alliage parfait entre l'engagement physique requis dans les joutes africaines et une supériorité technique évidente.
D'après les historiens du sport, la figure d'Ahmed Faras, premier Ballon d'Or africain du pays, a largement incarné cette hégémonie. Les experts soulignent fréquemment que la formule originale de cette édition de 1976 — un championnat à quatre équipes lors de la phase finale au lieu de matchs à élimination directe — a récompensé la régularité et la maturité tactique des Lions de l'Atlas. Ce sacre a posé les fondations culturelles qui ont permis au Maroc de devenir la première nation africaine à atteindre les huitièmes de finale d'une Coupe du Monde en 1986.
Foire aux questions
Qui était le capitaine emblématique du Maroc lors du sacre de 1976 ?
Le capitaine légendaire de cette épopée était Ahmed Faras. Attaquant d'exception du Chabab Mohammédia, il a mené la sélection marocaine vers la victoire grâce à sa vision du jeu, son leadership exemplaire et son efficacité remarquable devant le but. Ballon d'Or africain en 1975, il demeure à ce jour l'un des plus grands joueurs de l'histoire du football marocain et continental.
Comment le Maroc a-t-il décroché le titre lors de la dernière journée du tournoi ?
Lors de l'ultime rencontre de la poule finale le 14 mars 1976 à Addis-Abeba, le Maroc affrontait la Guinée et n'avait besoin que d'un match nul pour être sacré. Menés 1-0 durant la majeure partie de la rencontre, les Marocains ont arraché le nul 1-1 à la 86e minute grâce à une frappe mémorable de Ahmed Makrouh, surnommé Baba. Ce but historique a scellé le tout premier titre continental des Lions de l'Atlas.
Et vous, quel est votre avis ?
Alors que le football marocain connaît aujourd'hui une renaissance spectaculaire sur la scène internationale, la génération dorée de 1976 conserve une place unique dans la mémoire collective. Pensez-vous que les Lions de l'Atlas contemporains possèdent les qualités tactiques et mentales nécessaires pour surpasser l'héritage d'Ahmed Faras et régner durablement sur le football africain ?
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