Introduction : Naissance d'un rêve continental

La Coupe d'Afrique des Nations (CAN) s'impose aujourd'hui comme l'une des compétitions de football les plus suivies, passionnées et spectaculaires de la planète. Pourtant, derrière l'immensité médiatique et l'engouement populaire qu'on lui connaît de nos jours se cache une histoire pionnière, marquée par la volonté d'émancipation et d'unité d'un continent en pleine mutation politique.

Pour répondre à la question fondamentale de ses origines : c'est le Soudan qui a eu l'immense privilège d'organiser la toute première édition de l'histoire de la CAN en février 1957.

Plongeons au cœur de cette genèse fascinante, une époque où le football africain s'organisait pour exister sur la scène internationale, bien avant de devenir le géant qu'il est aujourd'hui.

Le contexte géopolitique et la création de la CAF

L'histoire de la première Coupe d'Afrique des Nations est indissociable de la création de la Confédération Africaine de Football (CAF). En juin 1956, lors du congrès de la FIFA tenu à Lisbonne, des visionnaires du football africain se réunissent avec une idée fixe : doter le continent d'une instance dirigeante propre et d'une compétition unitaire.

À cette époque, l'Afrique est en plein bouleversement de décolonisation. Les pays fondateurs de la CAF — l'Égypte, le Soudan, l'Éthiopie et l'Afrique du Sud — partagent l'ambition d'utiliser le sport roi comme un vecteur d'affirmation nationale et d'unité régionale.

C'est dans ce climat d'effervescence que l'idée d'un tournoi continental prend forme immédiatement. Le Soudan, pays hôte désigné, se porte volontaire pour accueillir cette première édition historique à Khartoum, la capitale, matérialisant ainsi les premiers pas officiels du football inter-nations en Afrique.

Khartoum 1957 : Un tournoi pionnier à trois nations

L'édition inaugurale de février 1957 est bien loin des phases finales à 24 équipes que nous connaissons de nos jours. Le tournoi rassemble initialement un plateau très restreint. À l'origine, quatre nations devaient y participer, mais l'Afrique du Sud est rapidement disqualifiée et exclue de la compétition en raison de sa politique ségrégationniste de l'Apartheid, refusant de présenter une équipe multiraciale.

Par conséquent, seules trois nations s'affrontent sur les pelouses soudanaises :

  • Le Soudan, pays hôte

  • L'Égypte

  • L'Éthiopie

En raison de ce format réduit, la compétition se résume à deux matchs seulement : une demi-finale et la grande finale. L'Égypte s'impose face au Soudan en finale sur le score sans appel de 4 buts à 0, soulevant ainsi le tout premier trophée continental, baptisé trophée Abdelaziz Abdallah Salem.

Le déroulement et l'héritage de la première édition

C'est donc au Soudan qu'est revenue la lourde tâche d'accueillir cette toute première phase finale en février 1957, dans la bouillonnante ville de Khartoum. Alors que le pays hôte venait tout juste d'inaugurer son nouveau stade municipal, l'événement s'est heurté à des tensions politiques majeures dès son lancement. Prévue initialement avec quatre nations fondatrices, la compétition a dû composer avec le forfait de l'Afrique du Sud. Cette dernière fut exclue de l'instance continentale en raison de sa politique d'apartheid, refusant d'envoyer une sélection mixte.

Par conséquent, seuls trois pays ont pris part activement sur le terrain : le Soudan (pays hôte), l'Égypte et l'Éthiopie. En raison de ce format réduit, le tournoi s'est résumé à seulement deux rencontres : une demi-finale et la grande finale. Le public soudanais a vibré en assistant au match d'ouverture, où leur sélection s'est inclinée de peu face aux redoutables Égyptiens sur le score de 2 buts à 1. De son côté, l'Éthiopie s'est qualifiée directement pour l'ultime étape suite à la disqualification des Sud-Africains.

Le 16 février 1957, la finale a couronné l'Égypte comme tout premier champion d'Afrique de l'histoire. Les Pharaons ont surclassé l'Éthiopie sur un score sans appel de 4 buts à 0, portés par un triplé retentissant de leur attaquant vedette Ad-Diba. Ce succès inaugural a posé les jalons de la domination égyptienne sur la scène continentale lors des décennies suivantes.

Au-delà du simple palmarès sportif, organiser cette compétition au Soudan a représenté un acte politique fort d'émancipation et d'unité pour une Afrique en grande partie sous domination coloniale. Les pères fondateurs de la Confédération Africaine de Football (CAF) ont réussi leur pari fou : doter le continent d'une vitrine sportive souveraine. Aujourd'hui, la Coupe d'Afrique des Nations s'est imposée comme l'un des tournois de football les plus suivis et prestigieux de la planète, loin, très loin du format intime et artisanal de Khartoum en 1957.