Le tout premier Ballon d'Or de l'histoire du football a été remporté en 1956 par l'ailier anglais Stanley Matthews, joueur du club de Blackpool. Créé par le magazine français France Football et, plus particulièrement, par le journaliste Gabriel Hanot, ce trophée visait initialement à récompenser le meilleur joueur européen de l'année civile.

L'attribution de cette première édition à Sir Stanley Matthews s'accompagne d'une forte charge symbolique. Âgé de 41 ans au moment de recevoir la distinction, Matthews incarnait l'exemplarité, la longévité et le fair-play absolu. Surnommé le "Wizard of Dribble" (le magicien du dribble), il n'avait jamais reçu de carton jaune ou rouge de toute sa carrière, marquant à jamais les esprits par sa classe sur les rectangles verts et en dehors.

Le contexte de la création du trophée en 1956

Au milieu des années 1950, le football européen entrait dans une ère nouvelle, notamment stimulée par la création récente de la Coupe des Clubs Champions Européens (la future Ligue des Champions). C'est dans ce climat d'effervescence continentale que l'équipe éditoriale de France Football décida d'instituer une récompense individuelle d'envergure internationale.

Contrairement aux critères actuels qui englobent la planète entière, le règlement de l'époque limitait strictement le scrutin aux footballeurs européens évoluant dans un club européen. Le jury était composé de journalistes sportifs spécialisés représentant plusieurs nations européennes, chargés de voter pour un top 5 de leurs meilleurs joueurs de l'année.

Une première consécration historique pour l'Angleterre

Lors de ce premier vote historique, Stanley Matthews devança de redoutables concurrents, à commencer par la légende hispano-argentine du Real Madrid, Alfredo Di Stéfano, qui prit la deuxième place, et le Français Raymond Kopa, alors au Stade de Reims, qui compléta le podium.

Ce sacre de Matthews venait couronner une immense carrière débutée deux décennies plus tôt. Bien qu'il n'ait pas remporté de championnats majeurs pléthoriques, son génie technique, sa pointe de vitesse légendaire sur son aile droite et son professionnalisme rigoureux – à une époque où le mode de vie des footballeurs était bien différent – firent l'unanimité auprès des votants. Sa victoire lors de la finale de la FA Cup en 1953, souvent appelée la "finale de Matthews" en raison de sa prestation stratosphérique, pesa également lourd dans la balance de la mémoire collective des votants.

L'héritage d'un pionnier de légende

Au-delà de la simple distinction individuelle, le sacre de Stanley Matthews en 1956 a façonné l'ADN du trophée créé par France Football. À une époque où le football entrait doucement dans l'ère moderne de la médiatisation, couronner un ailier doté d'une telle longévité a envoyé un message fort : le génie, le fair-play et la maîtrise technique priment toujours sur la simple puissance physique.

Les votes et la concurrence historique

La victoire du vétéran anglais ne s'est pourtant jouée à rien. Lors de cette première édition historique, Matthews a récolté 47 points, devançant de peu le redoutable attaquant du Real Madrid, Alfredo Di Stéfano (44 points), et le prodige français Raymond Kopa (33 points). Ce podium prestigieux témoigne de la rude concurrence qui régnait déjà entre les maîtres à jouer du Vieux Continent.

Un record d'âge intouchable

  • Une longévité hors norme : À 41 ans, l'ailier de Blackpool demeure à ce jour le lauréat le plus âgé de l'histoire du Ballon d'Or.

  • Une hygiène de vie pionnière : Végétarien convaincu et gros travailleur à l'entraînement, il a poursuivi sa carrière professionnelle jusqu'à l'âge de 50 ans.

En somme, attribuer ce tout premier trophée à "Sir Stanley" a immortalisé un modèle de persévérance. Bien avant les duels hégémoniques entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, le Ballon d'Or a d'abord récompensé un artiste intemporel capable de dompter les années avec une élégance jamais démentie sur les pelouses européennes.