Introduction : Aux origines d’un géant du football mondial

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est aujourd’hui l’une des compétitions de football les plus suivies, spectaculaires et passionnées de la planète. Pourtant, raconter son invention, c'est replonger dans le contexte géopolitique particulier du continent africain au milieu des années 1950, une époque où une grande partie des nations luttait encore pour son indépendance. Loin d’être un simple projet sportif, la création de la CAN et de la Confédération Africaine de Football (CAF) relève d’une véritable vision politique et culturelle portée par des pionniers audacieux.

Qui sont donc les véritables architectes de ce tournoi mythique ? L'histoire retient principalement le rôle fondamental de dirigeants égyptiens, soudanais, éthiopiens et sud-africains, portés par un idéal d’unité et d’émancipation par le sport.

Le congrès de Lisbonne de 1956 : L’acte de naissance diplomatique

L’histoire officielle de la Coupe d’Afrique des Nations trouve sa source en juin 1956, à l’occasion du troisième congrès de la FIFA qui se tenait à Lisbonne, au Portugal. C’est dans cette enceinte internationale que les représentants de quatre pays africains pionniers — l'Égypte, le Soudan, l'Éthiopie et l'Afrique du Sud — décident de s’unir pour faire entendre la voix du football africain au sein des instances mondiales.

Jusque-là, le continent était largement marginalisé dans les structures dirigeantes du football mondial. Lors de ce congrès historique, l’Égyptien Abdelaziz Abdellah Salem joue un rôle moteur en proposant formellement la création de la Confédération Africaine de Football (CAF), un organisme indispensable pour structurer le football à l'échelle du continent et légitimer l'organisation d'une compétition continentale inter-pays.

  • Les pères fondateurs de la CAF et de la CAN :

    • L'Égypte : À travers Abdelaziz Abdellah Salem (qui deviendra le premier président de la CAF) et Mohammed Rydh.

    • Le Soudan : Représenté par des figures clés comme Abdel Halim Mohamed, impliquées dans la logistique et l'accueil du tout premier tournoi.

    • L'Éthiopie : Dont l'engagement diplomatique a permis d'ancrer le projet dans la durée (avec notamment Ydnekatchew Tessema, futur grand président de la CAF).

    • L'Afrique du Sud : Présente à la table des fondateurs, bien que rapidement confrontée aux tensions liées à sa politique d'apartheid qui aboutira à sa suspension provisoire de l'instance.

1957 : La première édition à Khartoum, au Soudan

Moins d'un an après la structuration de la CAF, le projet prend vie sur le terrain. La toute première édition de la Coupe d'Afrique des Nations se déroule en février 1957 à Khartoum, la capitale du Soudan.

À cette époque, le visage de la compétition est bien loin des phases finales à 24 équipes que nous connaissons aujourd'hui. En raison du contexte colonial et des difficultés logistiques immenses de l'époque, seules trois nations participent effectivement sur le terrain :

  1. L'Égypte

  2. Le Soudan (pays hôte)

  3. L'Éthiopie

L’Afrique du Sud devait également y participer, mais elle est disqualifiée et exclue en raison de son refus d'aligner une équipe mixte (multiraciale) en plein régime d'apartheid.

Ce tout premier tournoi se résume ainsi à un format réduit : une demi-finale et une finale. L'Égypte s'impose brillamment en battant l'Éthiopie en finale sur le score net de 4 buts à 0, devenant ainsi le tout premier champion d'Afrique de l'histoire et gravant le nom d'Abdelaziz Abdellah Salem dans la légende comme le trophée initial portait d'ailleurs son nom (le Trophée Abdelaziz Abdellah Salem).

Les premiers pas et l'évolution de la compétition

La concrétisation de cette vision panafricaine s'est déroulée en février 1957 à Khartoum, au Soudan, où s'est jouée la toute première édition de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN). Au départ, seuls quatre pays fondateurs constituaient la confédération : l'Égypte, le Soudan, l'Éthiopie et l'Afrique du Sud.

Cependant, un tournant politique majeur a immédiatement marqué l'histoire du tournoi. En raison de sa politique d'apartheid, l'Afrique du Sud a exigé de ne sélectionner que des joueurs blancs, ce qui a entraîné sa disqualification immédiate par les instances dirigeantes. Cet acte fort a posé les bases morales de la CAF : le football africain devait être un vecteur d'égalité et d'unité, rejetant toute forme de discrimination.

La compétition s'est donc résumée à trois nations pour cette première levée historique. Après une victoire face au pays hôte, l'Égypte s'est imposée en finale contre l'Éthiopie sur un score sans appel de quatre buts à zéro, soulevant ainsi le tout premier trophée, baptisé en l'honneur du premier président de la CAF, Abdelaziz Abdallah Salem.

Au fil des décennies, portée par les mouvements de décolonisation et l'émancipation de nombreux États, la carte du football africain s'est métamorphosée. Le tournoi a rapidement instauré des phases de qualification pour répondre à l'afflux massif de nouvelles nations désireuses d'y participer.

En somme, si la paternité de la Coupe d'Afrique des Nations revient collectivement aux pionniers de la CAF réunis en 1956, elle demeure avant tout le fruit d'un combat politique et sportif pour la reconnaissance de l'identité africaine. Aujourd'hui, la CAN s'est imposée comme l'un des rendez-vous footballistiques les plus spectaculaires et suivis de la planète, célébrant la passion et la diversité d'un continent tout entier à travers le ballon rond.