Sur les huit milliards d'êtres humains peuplant la Terre, un seul homme porte le titre officieux de « diplomate en chef du monde ». Depuis le premier janvier 2017, le Portugais António Guterres incarne le visage de l'Organisation des Nations Unies en qualité de Secrétaire général. Pourtant, contrairement aux idées reçues, ce chef d'orchestre mondial ne possède aucun pouvoir exécutif direct sur les États membres. Il ne commande aucune armée, ne vote aucune loi internationale. Il manoeuvre dans les coulisses de la géopolitique, usant d'une influence morale singulière et de sa tribune internationale.

Aux origines de la magistrature suprême des Nations Unies

Lorsque la Charte des Nations Unies fut signée à San Francisco en 1945, l'ombre traumatique du second conflit mondial planait encore sur les négociateurs. La Société des Nations avait tragiquement échoué à maintenir la paix, terrassée par son impuissance structurelle et l'absence d'une gouvernance incarnée capable de médiation. C'est dans ce contexte d'urgence absolue que les pères fondateurs ont imaginé la fonction de Secrétaire général.

L'Américain Franklin D. Roosevelt décrivait ce rôle inédit comme celui d'un « modérateur mondial », une autorité morale au-dessus des querelles nationalistes. Le Norvégien Trygve Lie inaugurera la fonction en 1946, découvrant très vite l'âpreté de la tâche. La Guerre froide naissante allait transformer ce bureau du trente-huitième étage du siège new-yorkais en un véritable siège éjectable. Dag Hammarskjöld, son successeur mythique, paiera même de sa vie son engagement dans les jungles du Congo en 1961. À travers ces crises d'une violence inouïe, la figure du patron de l'ONU s'est forgée : un équilibriste permanent, tiraillé entre les exigences irréconciliables des grandes puissances et l'impératif humanitaire universel.

Le processus d'élection : une mécanique diplomatique complexe

Nommer le patron du Secrétariat de l'ONU relève d'un théâtre d'ombres d'une rareté extrême. Ne devient pas le visage de la diplomatie mondiale qui veut. Le processus suit un protocole codifié par l'article 97 de la Charte, mais la réalité des négociations s'avère infiniment plus brutale.

Tout commence au sein du très fermé Conseil de sécurité. Les cinq membres permanents — États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni — détiennent le redoutable droit de veto. Aucun candidat ne peut espérer l'emporter s'il déplaît ouvertement à l'un de ces géants. Les diplomates procèdent à plusieurs tours de scrutin à bulletin secret, appelés « straw polls », pour évaluer les forces en présence et éliminer sans pitié les prétendants jugés trop partisans ou encombrants.

Une fois le consensus trouvé, souvent après d'intenses marchandages géopolitiques dans les couloirs de New York, le Conseil formule sa recommandation officielle. C'est enfin à l'Assemblée générale, forte de ses cent quatre-vingt-treize États membres, qu'il revient d'entériner le choix par un vote. Depuis 2015, une bouffée de transparence a ventilé cette procédure jadis opaque : les candidats présentent désormais publiquement leur vision devant l'Assemblée. Toutefois, le pouvoir de décision réel reste solidement verrouillé par les grandes puissances de ce monde.

Le drame congolais de 1960 : l'épreuve du feu de Dag Hammarskjöld

Pour saisir la portée réelle de ce mandat, l'histoire offre des cas d'école saisissants. Été 1960. Le Congo belge accède brutalement à l'indépendance et plonge aussitôt dans le chaos. La province minière du Katanga fait sécession, soutenue en sous-main par des intérêts occidentaux. Le Premier ministre Patrice Lumumba appelle désespérément les Nations Unies à l'aide.

Dag Hammarskjöld, alors Secrétaire général, prend une décision sans précédent : il déploie la toute première force d'interposition d'envergure des Casques bleus. Pris entre le marteau soviétique et l'enclume américaine, Hammarskjöld refuse de plier. L'URSS de Nikita Khrouchtchev exige sa démission fracassante à la tribune de l'ONU, tapant du poing sur la table. Le diplomate suédois tient bon, réaffirmant que l'ONU existe pour protéger les faibles et non pour servir les puissants. Son décès tragique dans un accident d'avion suspect en Rhodésie en septembre 1961 scellera le mythe d'une fonction où l'indépendance d'esprit peut se payer au prix fort.

Ce que disent les experts

Les spécialistes des relations internationales s'accordent à dire que le Secrétaire général de l'ONU occupe l'un des postes les plus complexes au monde. Souvent qualifié de « général sans armée », le chef de l'ONU ne possède aucun pouvoir militaire ou contraignant direct sur les États souverains. Les experts soulignent que son autorité repose exclusivement sur son pouvoir de persuasion, sa légitimité morale et sa capacité à utiliser la diplomatie des coulisses pour désamorcer les conflits.

Cependant, les critiques rappellent que le dirigeant des Nations Unies est souvent paralysé par les rivalités géopolitiques majeures, notamment le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Pour les politologues, le rôle oscille constamment entre celui d'un secrétaire administratif dévoué et celui d'un porte-parole mondial des populations vulnérables. Son efficacité dépend donc directement du degré de coopération que les superpuissances choisissent de lui accorder.

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Foire aux questions

Le Secrétaire général de l'ONU peut-il imposer des sanctions ou déclarer une guerre ?

Non, le chef de l'ONU ne dispose absolument pas de ce pouvoir. Selon la Charte des Nations Unies, seule une résolution officielle du Conseil de sécurité peut imposer des sanctions économiques ou autoriser légalement l'usage de la force militaire. Le rôle du Secrétaire général se limite à alerter cette instance sur les menaces mondiales et à superviser l'application des décisions prises par les États membres.

Comment le dirigeant de l'ONU est-il concrètement choisi ?

La sélection combine diplomatie secrète et vote public. Le Conseil de sécurité se réunit d'abord à huis clos pour recommander un candidat unique, ce qui donne aux cinq membres permanents un droit de veto absolu sur chaque nom. Ensuite, l'Assemblée générale procède à un vote formel pour approuver cette recommandation. Le mandat dure cinq ans et est renouvelable une seule fois.

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Une question pour vous

Face à des puissances mondiales de plus en plus divisées, pensez-vous qu'un leader mondial sans véritable pouvoir militaire puisse encore réussir à maintenir la paix sur notre planète ?